13 jan 2009
La colonne de Juillet
Trônant sur la place de la Bastille, la colonne de Juillet a été construite pour commémorer « les Trois Glorieuses », ces trois journées de la révolution de 1830 qui eurent pour résultat la chute de Charles X et l’instauration de la monarchie constitutionnelle avec l’arrivée de Louis-Philippe Ier sur le trône de France. Une plaque insiste d’ailleurs sur le motif de cette édification : « A la gloire des citoyens français qui s’armèrent et combattirent pour la défense des libertés publiques dans les mémorables journées de 27, 28, 29 juillet 1830 ». Il ne s’agit donc pas du tout d’une célébration de la prise de la Bastille.
Même si la destruction de la Bastille, célèbre prison royale, entraîna quelques projets par la suite dès 1792,
rien ne fut réellement fait. En fait, ce piédestal, devait à l’origine accueillir une fontaine sous le Premier Empire. Une maquette en plâtre en forme d’éléphant y fut réalisée mais la sculpture définitive ne fut jamais mise en place. Napoléon, en 1808, avait en effet envie de donner à Paris tous les signes de la grandeur impériale et c’est lui qui eut l’idée d’y faire établir une fontaine. Deux ans plus tard, il décida d’y faire ériger une sculpture en forme d’éléphant en bronze qui aurait été fondu avec les canons pris sur les Espagnols. Cet éléphant mesurait 24 m de haut et l’on pouvait arriver à la tour grâce à un escalier à vis. Faute de moyens, la statue définitive ne pourra jamais être construite et la maquette en plâtre s’effrita ; elle est d’ailleurs évoquée dans « Les Misérables » de Victor Hugo. La carcasse fut finalement démontée en juillet 1846.
Entre-temps, Louis-Philippe eut l’idée en 1833 de commémorer la révolution de juillet. L’architecte Jean-Antoine Alavoine fut chargé des plans et il s’inspira de la colonne Trajane de Rome. C’est donc sur ce piédestal que fut édifiée la colonne de Juillet. Les tambours de bronze furent coulés et ajustés sur place. Le chapiteau de onze tonnes fut coulé aux forges du Roule. Il fallut douze chevaux pour traîner le chariot et les chevaux refusant d’avancer, c’est la foule qui poussa ce lourd équipage jusqu’à la Bastille. La colonne de Juillet fut ensuite décorée en 1839 par Louis Duc. Finalement, l’édifice fut inauguré en 1840.
D’une hauteur de 46,3 mètres, la colonne de Juillet possède un piédestal circulaire en marbre blanc. Quant au socle, il a la forme d’un parallélépipède et il comprend des médaillons qui représentent différents symboles : le Croix de Juillet (récompense créée par Louis-Philippe pour remercier ceux qui l’avaient aidé à renverser Charles X), une tête de Méduse, la Charte de 1830 établie par les députés libéraux pour éviter l’instauration d’une République, et la balance de la Justice. Ce grand fût en bronze comporte les noms gravés des victimes de l’insurrection révolutionnaire de Juillet 1830. Au sommet de la colonne de Juillet se trouve une sculpture en bronze doré, « Le Génie de la Liberté », réalisée par Auguste Dumont, auteur aussi de la statue de Napoléon en César qui orne la colonne de la place Vendôme. Cette statue porte dans la main gauche les chaînes brisées du despotisme et dans la droite le flambeau de la Civilisation.
Les fondations de la colonne de Juillet furent aménagées avec des caveaux funéraires pour abriter les corps des 504 victimes des Trois Glorieuses en 1830. On y trouve aussi près de 200 dépouilles de victimes de la Révolution de 1848. Dans la hâte, des momies égyptiennes ramenées par Napoléon, furent transférées dans les deux sarcophages. En effet, les momies se dégradaient à la Bibliothèque Nationale et elles avaient été enfouies dans le jardin attenant. C’est là que les corps des Révolutionnaires de Juillet furent ensevelis rapidement après les événements de 1830. Ainsi, lors de l’exhumation des corps, on ne prit pas garde et l’on enterra dans les fondations de la colonne de Juillet des momies égyptiennes ! Sous la colonne se trouve une pièce d’eau faite de voûtes de pierres et c’est l’un des endroits les plus magiques à admirer lorsqu’on se balade sur le Canal Saint-Martin. Une promenade à ne pas manquer pour voir Paris autrement !
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